Avril 2004
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1er mars 1954 

 

Pentecôte 2004 

Rome impose aux prêtres-ouvriers de quitter les usines et les chantiers

 

Rencontre nationale des prêtres-ouvriers  à La Pommeraye-sur-Loire

 

Héritiers de cette histoire

 Ces deux évènements m’ont inspiré ces quelques lignes:

 Il y a  un peu plus de 50 ans, quelques prêtres, mais aussi d’autres chrétiens ont pris conscience du fossé qui séparait l’Église du monde ouvrier. Marie-Dominique Chenu disait: « L’Église est, à la lettre, pour le monde ouvrier, une étrangère »  (1) Ce constat fit l’effet d’un choc. Il suscita chez les prêtres un appel, un désir brûlant de réduire cette distance. Pour cela, ils ont voulu vivre leur ministère dans un travail manuel salarié. Cet élan évangélique, cette audace missionnaire furent brutalement stoppés par le décret de Rome.

Quelques années plus tard, en 1965, parce que certains y ont toujours cru et se sont battus pour cela, le mouvement repart.

Aujourd’hui, nous sommes les héritiers de cette histoire. Avec probablement beaucoup de nuances, un même souffle évangélique nous anime. Nous avons laissé une terre qui pouvait se suffire. Nous avons quitté une maison qui nous procurait gîte et couvert. Nous avons osé la traversée pour passer sur l’autre rive. Nous avons enfilé le bleu de travail, les bottes de chantier, les chaussures de sécurité. Nous avons rejoint ceux qui allaient devenir pour toujours nos compagnons de route.

Au milieu d’eux, et comme portés par eux, nous avons franchi la porte des usines. Là, " dans ces temples de la technique, où vit et palpite le monde moderne "  (2), nous avons connu la dureté du travail manuel, on s’est sali les mains, notre corps a souffert. Sur cette terre aride et étrangère qui est devenue la nôtre, il n’est pas toujours facile de tenir debout et d’avancer. Nous avons vite compris qu’il fallait se battre collectivement pour défendre notre dignité.  Nous avons rejoint ceux qui s’étaient organisés dans les syndicats pour lutter contre l’exploitation pour un mieux être, un mieux vivre. « Est-il possible d’être présent, d’être en communion de vie avec ce monde-là, sans l’accompagner dans son combat de libération ? » (3)

Ce peuple est devenu le nôtre. Nous y vivons la solidarité, la fraternité, le combat pour la justice, l’attention aux plus fragiles, aux blessés, tous ceux qui risquent d’être oubliés au bord du chemin. Nous partageons aussi ses doutes, ses questions, ses peurs, ses révoltes, sa lassitude.

Loin d’être un lieu désertique, ce terreau d’humanité, richesses et pauvretés entremêlées, est nourriture pour notre ministère. « Ce qu’il y a de beau dans le désert, disait Saint-Exupéry, c’est qu’il cache une source quelque part » .  Et nous lisons dans la Bible: « Dieu est en ce lieu et je ne le savais pas, lieu redoutable... maison de Dieu, porte du ciel » (4)

Mais comment dire cette aventure spirituelle vécue au cours de cette traversée ? Ce pain reçu, comment le partager ? Cette eau vive jaillie de ces vies humaines, comment pouvons-nous l’offrir ? Ce souffle, même simple brise légère, comment le transmettre ? Cette parole entendue, comment la communiquer ?

Sur ce chemin, il nous arrive de nous arrêter, de nous asseoir autour d’une table pour partager notre espérance, dire en quoi, en qui nous croyons. Il nous arrive de reconnaître, de nommer celui qui nous fait vivre. 

Ensuite...  les portes de l’auberge restent ouvertes. La table est mise. La route continue...                                

                                 A Cublac, le 1er mars 2004 -  Antoine BrethomÉ, PO en activité dans le bâtiment

(1) - Dans la "Vie Intellectuelle" - n° de février 1954

(2) - Citation de Paul VI

(3) - Y. Congar / M.D. Chenu (Vie Intellectuelle citée)

(4) - Livre de la Génèse (chap. 28, 16/17)

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DECLARATION DE L’EQUIPE NATIONALE DES PRETRES-OUVRIERS

  POUR  LE  1er  MARS  1954.           1954 - 2004 : 50éme anniversaire.

Le 1er mars 1954, Rome impose aux prêtres-ouvriers de quitter les usines et les chantiers.  Cette décision avait pour motivation affichée : 

« L’incompatibilité de la condition ouvrière avec l’état de vie du prêtre. »

Elle brisa des hommes en les obligeant à faire un choix impossible entre deux fidélités : la fidélité à l’église et la fidélité à la classe ouvrière.

Elle fit scandale parmi les militants de la classe ouvrière, les femmes et les hommes qui travaillaient avec eux, laïcs et prêtres engagés, luttant pour la dignité et la justice. Ce fût pour eux une trahison.  

Il faudra attendre le concile Vatican II et l’année 1965 pour que de nouveau des prêtres puissent retourner partager la condition ouvrière par le travail salarié.

Une  centaine  de premiers prêtres-ouvriers ont vécu ce drame.  Quelques uns sont encore vivants.

Ils sont notre histoire, nos racines à nous les prêtres-ouvriers d’aujourd’hui.

Sans eux, sans leur souffrance, leur espérance, nous n’existerions pas.

En ce 1er mars 2004, nous voulons les remercier d’avoir ouvert la voie.

Aujourd’hui, cette histoire continue. Nous sommes plus de 500 en France et à l’étranger à vivre ce ministère de prêtres-ouvriers.

Le partage de la vie, par le travail salarié, par l’habitat dans les cités,    est pour nous toujours d’actualité.

Il y a aussi les luttes quotidiennes dans les organisations syndicales, politiques et associatives.

La solidarité avec les précaires, les exclus, tous les laissés pour compte est une priorité.

 Nous les prêtres-ouvriers d’aujourd’hui, avec nos anciens, voulons témoigner que l’homme,  celui que la société rend insignifiant, a toute sa dignité.

Qu’il est aimé de Dieu, de Jésus Christ et cela contre tous les systèmes qui nous réduisent à n’être que des marchandises.

 Nous voulons que ce signe 

" prêtre-ouvrier d’une église au service de l’humanité "         continue.

On pourra consulter

  1. Déclaration des évêques de la commission épiscopale du monde ouvrier 3 octobre 1993.

  2. Message du comité épiscopal pour la mission en monde ouvrier aux prêtres-ouvriers de France. Strasbourg 2001.

  3. Document de recherche sur le ministère des prêtres-ouvriers. (Foi d’un peuple ; Décembre 2000)

 

 « QUAND LA MEMOIRE EST MORTE, disait Péguy,

 C’EST L’ESPERANCE ET L’AVENIR QUI SONT MUTILES. »

 

(Citation d’André DEPIERRE dans un courrier de février 2004)

 

Déclaration de l’équipe nationale des prêtres-ouvriers

adoptée le dimanche 22 février 2004 à Issy les Moulineaux à l’unanimité.

         et aussi :

Déclaration du Comité épiscopal pour la mission en monde ouvrier

L'équipe PO de Meurthe et Moselle:

Journal "La Croix"  

Un article d'Emile POULAT, historien

Mars 1954 : ARRET brutal - Mars 2004 : AVENIR en Mutation

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P A R O L E S   DE   P. O. EN  1954...

Fidèle à l'engagement ouvrier

En 54, pendant de longs jours, de longues nuits, je suis resté en déséquilibre, me demandant s'il fallait ou non me soumettre. Finalement, je n'ai pu me résoudre à trahir la confiance que tant de camarades avaient mise en moi. Il me fallait rester à l'écoute des problèmes, des questions de chacun. Combien d'entretiens ai-je eus dans l'intimité avec des communistes chevronnés qui m'interrogeaient sur le sens de la vie, Dieu, l'Eglise...

Ma force c'était d'avoir, en près d'un quart de siècle, acquis la confiance totale de mon entourage ouvrier. D'autres, qui n'avaient pas une expérience aussi longue, ont finalement lâché.

Certains sont devenus cadres, voire patrons. Quelques-uns ont viré au contraire au marxisme. Mais la majorité, qu'ils aient quitté l'Église, se soient mariés ou soient devenus prêtres au travail, avec l'accord de la hiérarchie, sont restés fidèles à l'engagement ouvrier.

Pour ma part, ce qui m'a aidé à tenir, c'est la conviction que l'Église reviendrait un jour sur son interdiction »

Roger DÉLIA T  

« ... On a dit qu'on nous demandait quelque chose d'impossible, le premier choc étant contre notre engagement syndical. Le deuxième, quatre ans après (avec le décret Pizzardo), c'était contre le travail manuel qui aurait été incompatible avec la dignité du prêtre. Ce qui est quelque chose d'incroyable. On se demande ce qu'a fait le Christ avant sa vie publique...

Liénart nous avait écrit: " Ou vous obéissez ou vous êtes excommuniés ! "  J'entends encore Michel Lémonon, le jour de cette rencontre, dire au cardinal en arrivant: «Bonjour Père et en repartant: Au revoir Monsieur! »...  

Après le ler mars, nous étions restés deux ou trois mois chez un cultivateur. Mais ça n'a pas marché... Etre derrière les vaches, ça ne me plaisait pas... Tous les week-ends nous revenions à la rue Ganneron et faisions rapport sur rapport, dont un qui a été envoyé à Rome...

Puis nous avons travaillé derrière la rue Sœur Rosalie dans le 13e arrondissement. Nous avons construit un logement le samedi et le dimanche... Nous faisions beaucoup de chantiers pendant les week-ends pour des copains...

Petit à petit nous avons pu revenir dans des boites moyennes et retrouver notre engagement syndical avec le concile en 1965 ...

Jacques VIVEZ  

 Au café de la Paix, 20 /21 février 54

« C'était assez dramatique. Surtout parce que ça faisait du temps que cela se préparait. Le Cardinal Feltin avait convoqué tous les PO de Paris pour leur lire la fameuse lettre des évêques de France qui nous demandaient de nous soumettre, qu'il fallait penser à nos familles... Nous nous étions déjà vus avant. Nous avions déjà pris notre décision .... Ce qui a quelque peu dramatisé les choses, c'est qu'il y a eu une sorte de chantage, fait par je ne sais plus qui, disant que les lettres d'excommunication, de suspension étaient prêtes...

La grosse majorité d'entre nous était pour rester au travail. Ce qui aidait des gars comme moi, qui n'était pas très respectueux ni religieux, c'était des gars comme Roger Déliat qui était la piété même, tout comme Bernard Chauveau. Or, ils ont dit non. Cela m'a conforté...

Tout de suite après le premier mars, nous nous sommes réunis quelques-uns, près de Paris. Le P. Augros, le P. Hollande nous suivaient. Je me souviens que nous avons fait un papier au Cardinal Feltin pour lui dire au nom de tous

«Excellence, nous sommes prêts à tout     simplement, laissez-nous au travail et ne nous demandez pas d'abandonner nos responsabilités »...

A l'époque, j'avais résumé cela dans une lettre (où je disais): Je ne peux pas accepter qu'aux yeux de nos camarades, le Christ passe pour un "jaune". Vous ne me ferez pas jouer le "jaune" au nom de Jésus ! ...54 a été un choix d'Évangile. Le choix qui nous paraissait le plus important de toute notre vie religieuse passée. Le choix qui nous paraissait essentiel, l'essentiel de ce que nous avions perçu du message du Christ. C'était là le fond, le cœur du problème »...

Louis BOUYER

Dans l'HUMA

Au moment où des millions de travailleurs, en France comme à l'étranger, sont en marche vers leur unité, pour défendre leur pain, leurs libertés et la paix, alors que patronat et gouvernement accentuent exploitation et répression pour enrayer à tout prix les progrès de la classe ouvrière et sauvegarder leurs privilèges, les autorités religieuses imposent aux prêtre-ouvriers des conditions telles qu'elles constituent un abandon de leur vie de travailleurs et un reniement de la lutte qu'ils mènent solidairement avec tous leurs camarades. [...]  

2 février 1954

Dans la "lettre des 73" qui fut publiée par l'Humanité, la Quinzaine avec les signatures de 73 PO auxquels s'adjoignirent 5 autres.

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1 9 5 4,  une   t r a g É d i e  !

   Dans une longue lettre au secrétariat de l’équipe nationale, où il dénonce le peu d’écho que les PO d’aujourd’hui donnent au cinquantenaire des évènements de 1954, André DEPIERRE souligne particulièrement la tragédie que fut la condamnation de Rome pour ceux dont il nous parle. Nous le remercions vivement du témoignage poignant qu’il nous apporte de pionniers, que la plupart d’entre nous n'ont pas connus. Il appartenait à l’un des derniers protagonistes vivants de ce drame de nous redire ce qui est toujours présent dans sa mémoire.

  [...]  

  « Je pense d’abord, dit André , à ceux qui sont morts dans le désespoir: Jo Lorgeril, jésuite, qui rongé par le remords d’avoir dû quitter la vie ouvrière, sombra dans une maladie bientôt mortelle. Henri PERRIN de l’équipe des barrages, qu’on trouva mort dans un accident de moto, quelques semaines après le 1er mars. Accident ou suicide ? Aucun témoin, la question est sans réponse. C’est lui qui, dans son livre " Journal d’un PO en Allemagne " nous a donné notre appellation d’origine: prêtres-ouvriers . Paul GROS, un ami jurassien, entré au travail en 1951 à Pavillons sous-bois (93), trouvé pendu en 1956... Jo LAFONTAINE, du Havre, déchiré entre les deux choix, et qui, selon la MdF s’est suicidé.

Oui on peut rendre hommage à ces victimes de l’oukase de Rome ! Je pense aussi à ces PO éminents qui, selon eux, avaient perdu leur raison de vivre, leur vocation première. J’en cite quelques-uns: Albert BOUCHE, dominicain, fondateur de la revue " Masses ouvrières " et de l’université ouvrière de Marly. Fils d’ouvrier, il travailla dans les mines et l’industrie dès les années 30. Un prophète ! Je l’ai bien connu. Il est mort l’an dernier et a été enterré civilement en Corse. Etienne DAMMORAN, le premier PO de Bordeaux, initiateur de cent " inventions ", des castors de Talence, de la Maison de convalescence des jeunes ouvrières à Cestas. A la réunion de Rambouillet, il était venu dire aux évêques présents: " Vous avez tout détruit. A vous de reconstruire. Salut ! ", et il était parti. Robert PAQUALET, le PO indiscutable. Désigné par le secrétariat des PO, c'est lui qui à la réunion de Villejuif, fit pendant une heure le rapport moral, rapport très orienté.

Trois amis PO étaient venus me voir sur le chantier où je bossais pendant les semaines précédentes L’un du Havre, l’autre de Marseille, un autre de Montreuil. Ils m’avaient demandé: " André, que vas-tu faire ? " -  "Obéir pour me battre", comme je l’avais dit à la Mission de Paris. Tous trois m’avaient dit alors: "C’est le seul choix possible". Mais après le rapport de Robert Paqualet à Villejuif, tous trois ont répondu: « je reste au travail »          [...]

Tragédie pour tous, quelle qu’ait été leur décision. D’après Jacques HOLLANDE, le supérieur de la Mission de Paris, qui était un peu le rassembleur de tous les PO français et belges, 46 quittent le travail et 42 y restent. Dix étaient dans l’indécision. [...]

Voilà, dit André,  au nom de tous, morts ou vivants, ayant obéi ou non, je vous demande de vous souvenir.

 « Quand la mémoire est morte, disait Péguy, c’est l’espérance et l’avenir qui sont mutilés »  [...]

                                                                      Extraits de la lettre du  7 février 2004 de André DEPIERRE    

 

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1 9 5 4  -  R A M E N É S  à  L' É V A N G I L E

 Ce texte de Maurice COMBE, paru à l’occasion du 30e anniversaire de la condamnation des prêtres-ouvriers en 54, était repris par la revue "Golias" dans son numéro de l’été 1991.

 Il en est de nos vies comme de ces troncs d’arbre qui ont séjourné longtemps dans l’eau. Lorsque le courant les rejette sur le rivage, ils apparaissent dépouillés de leur écorce et des parties tendres du bois. Il ne reste d’eux alors qu’une souche nue, un noyau fait de fibres dures et d’un bois noueux. C’est ce long travail de la vie sur nous que nous voudrions dire. Au long des jours, au contact des hommes, nous nous sommes lentement dénudés. Cela s’est fait par une série de lentes et presque insensibles ruptures.

 Rupture, pas cassure

Remontant dans nos souvenirs, il faut bien admettre que ce mot de rupture était inscrit dans nos choix à l’origine, et que notre vie n’a été que le déroulement logique et irréversible de ce point de départ. Le 1er mars 54 n’a été que le moment, l’occasion où nous avons manifesté et affirmé ce que nous étions devenus. Rompre, c’était aller de l’avant et rester fidèle aux exigences entrevues. Nous disons bien rupture et non cassure. Une cassure est un arrêt brusque, un retournement soudain et total. Un refus, un détournement radical, comme si d’un coup plus rien n’existait, où l’on voudrait nier en bloc tout ce qu’on a été. Ce qui d’ailleurs ne trompe personne, même si celui qui casse veut le faire croire. Nous n’avons pas cassé, nous nous sommes seulement dégagés de ce que notre formation nous avait donné de plus superficiel. Des certitudes du catéchisme, des arguments de théologie, des principes de morale étaient silencieusement remis en cause par la vie de ceux qui nous entouraient. Ceux dont l’existence était prise entre les détresses profondes, des exigences inassouvies au sein de dures réalités dont ils ne voulaient et ne pouvaient décoller. Ceux-là nous ont appris ce qu’était l’homme quand il est réduit à sa plus simple expression. Ces vies humiliées, enfermées dans un quotidien écrasant, nous les recevions comme un cri, un appel à plus d’humanité vraie.

 Ramenés à l’Évangile

Les luttes ouvrières, auxquelles nous participions avec des militants qui souvent ont été nos maîtres, nous disaient l’exigence de justice, de solidarité, de dignité qui était celle de tout un peuple. Cette faim et cette soif étaient-elles la condition tragique d’une découverte essentielle que ne feraient jamais ceux qui avaient pouvoir, argent, culture, et trouvaient dans ces fausses valeurs une "consolation" qui n’est peut-être qu’une irrémédiable "occultation", pour tout dire un mensonge ? C’est ainsi que, malgré nous, comme par la force des choses, nous étions ramenés à l’Évangile. Par delà les siècles et l’Histoire, deux mains se tendaient et se rejoignaient dans la même étreinte. Pour nous, témoins silencieux, ce que nous savions de l’un nous apprenait à mieux comprendre l’autre. La vie de tout un peuple justifiait les paradoxes évangéliques et les condamnations intraitables lancées par Jésus. Et sa vie à lui, ses paroles prolongeaient dans l’espérance l’élan et les désirs de ce même peuple.

 Découverte de l’essentiel

Nous nous trouvions ainsi semblables à cet homme qui, découvrant une perle précieuse, vend tout ce qu’il a et l’achète. Une perle ça tient dans le creux de la main, mais cela a une très grande valeur. Notre rupture a été moins l’abandon de ce que nous étions et l’affranchissement que la découverte et l’affirmation du seul essentiel. Faut-il dire que la foi qui est nôtre maintenant s’est maintenue et même renforcée sans avoir connu bien des risques ? Certainement non. Il n’est point si facile de garder l’Espérance dans un monde où tout invite à désespérer, ou au contraire à tout attendre de la seule autonomie de l’homme. L’athéisme, comme le rejet de toute transcendance, a sa logique. C’est un fait que nous n’avons pas suivi cette logique là. Nous ne nions pas que ce soit une rude épreuve et que la foi soit chose difficile. S’il faut bien admettre que la foi se ramène à presque rien, c’est un rien peut-être fragile mais étrangement fort. [...]

Maurice COMBE dans " Pensées  sur les préjugés moraux "  (Editions Gallimard)

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Le document vert

      Ainsi  nommé  à cause de la couleur de sa couverture, ce mémoire fut rédigé par les prêtres-ouvriers de Paris à l'intention du Cardinal Feltin, dès qu'ils eurent connaissance de l'intervention du Nonce auprès des évêques français en septembre 1953.  Il a circulé au début de l'année 1954 avec l'accord de ses auteurs. Nous en  donnons ici quelques extraits, à partir du livre  "Les prêtres-ouvriers", paru au Éditions de Minuit en 1954

     Le 28 janvier 1954, Henri Perrin hésitait encore sur la décision qu'il prendrait: « Je ne puis promettre qu'une chose: de ne pas me révolter contre l'Église »

 Mais trois jours après la rencontre de Villejuif, il revient sur sa promesse: « Jusqu'à cette semaine j'ai cru que j'aurais été capable de quitter le travail. J'en suis moins sûr maintenant. Il me semble au contraire maintenant que  s'il m'avait fallu quitter les gars en plein travail, lâcher le chantier comme un voleur ou comme un traître (car c'est ainsi que la masse ouvrière verra la chose), je n'aurais pas été capable de le faire, je n'aurais pas eu le droit de le faire »

"Soumis" et "Insoumis" de la Misssion de Paris, réunis une dernière fois le 30/10/54 autour du cercueil d'Henri Perrin, tué six jours plus tôt dans un accident de moto à Paris.

 [...]  Si aujourd'hui nous sommes prêtres et ouvriers irrémédiablement et indissolublement, c'est au départ à cause d'une question posée à l'Église et à notre sacerdoce.

Nous sommes partis à l'usine, encouragés, mieux envoyés par l'Église pour répondre à l'absence du Christ chez des millions de prolétaires, pour répondre au rejet par les formes actuelles de l'Église de tout un monde, le plus simple et le plus démuni. Il ne faut pas l'oublier, nous sommes, d'origine ouvrière ou non, devenus ou redevenus ouvriers par fidélité profonde à cet appel sacerdotal. Nous y avons donné toute notre vie. [...]

Comment n'aurions-nous pas été là, autrement et plus que les laïcs, à la jointure de ce monde ouvrier et de l'Église, rejetée par lui pour de multiples et très graves raisons, au coeur même de ce drame où des milliers d'hommes meurent chaque jour par la faute de leurs semblables, et où l'athéisme pratique du capitalisme a arraché la foi depuis des centaines d'années au cœur des prolétaires, sous la bénédiction apparente de l'Église ?  [...]

Dès lors, nous ne pouvions faire autrement que d'opter pour la libération active de ce monde ouvrier dont nous étions devenus membres, en collaboration avec ses éléments les plus conscients et les plus organisés, auxquels chaque jour la classe ouvrière fait confiance.

Nous ne l'avons pas cherché au départ. Nous le devons simplement à nos conditions de travail et d'existence, au partage de toute notre vie avec nos camarades, à la rencontre à tous les échelons avec des militants conscients, en particulier avec ceux de la CGT et du Parti communiste, et à l'analyse de la situation ouvrière que le Mouvement ouvrier nous offrait. [...]

Ce que nous venons de dire situe bien le conflit actuel. En fait, l'Église refuse d'accepter cette conscience ouvrière nouvelle que nous représentons au sein de l'Église, et nous refuse d'être ce que nous sommes.

Et cela va bien au-delà de nous. il y a d'innombrables chrétiens engagés dans cette affaire. Fait paradoxal: autrefois des chrétiens perdaient la foi quand ils devenaient militants ouvriers conscients et on s'en souciait à peine. Aujourd'hui, des militants ouvriers en grand nombre développent leur foi au contact des réalités ouvrières et cela fait scandale.           [...]

Nous sommes rejetés comme la classe ouvrière est rejetée par le pouvoir établi, à cause de notre participation active à la lutte ouvrière, et parce que l'Église par la majorité de ses membres et ses institutions, défend un régime contre lequel, avec la classe ouvrière, nous luttons de toutes nos forces, parce qu'il est oppresseur et injuste. Il faut être lucide: l'Église tient à ce régime à cause de ses conditions d'existence, parce que dans ses institutions elle est liée matériellement à lui, même dans ses initiatives les plus charitables.  [...]

Nous voulons couper court à l'accusation qu'on porte contre nous avec beaucoup de légéreté. Nous ne pensons pas que la foi des travailleurs soit conditionnée par la révolution prolétarienne. La révolution peut s'accomplir sans que la grâce trouve le chemin de nos camarades. Simplement, nous travaillons dès aujourd'hui à libérer la foi au Christ de ce qui peut la compromettre aux yeux de nos camarades et à leur en rendre ainsi l'accès possible. Nous pensons poser par là même, dès aujourd'hui, les préliminaires collectifs d'une annonce de l'Évangile. [...]

Il s'agit d'une vie nouvelle, solidaire de tout un monde que nous avons épousé dans la foi et qui conditionne tout, jusqu'à notre vie religieuse. L'un de nous écrit: « Devant cette condamnation, ma première réaction, par appel à la foi, par attachement profond à l'Église, est de dire: je me soumets, douloureusement, dans la nuit, mais je le fais. Et puis le sentiment vient que ce serait lâcheté, désir personnel de sécurité et de paix, par suppression du problème. Lâcheté envers la classe ouvrière, et reniement de ce qui a été toute ma vie ».

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